Signaux · Gouverner l'IA #32 · samedi 10 octobre 2026

Google inscrit ses agents dans l'annuaire de l'entreprise

Par Emmanuel Donati

Les faits

Le jeudi 8 octobre, lors de sa conférence Gemini at Work, le patron de Google Cloud, Thomas Kurian, a présenté un agent Gemini unique pour le travail en entreprise. On lui donne un objectif, pas une suite d'instructions. Il tourne dans le cloud pendant des heures ou des jours, y compris ordinateur fermé, et on le sollicite depuis les outils déjà en place : Google Workspace, Microsoft 365 ou Slack.

La nouveauté tient dans un mode que Google appelle l'agent collègue. Un manager crée un agent, par exemple un coordinateur d'événements, et cet agent reçoit son propre compte : une adresse mail, un agenda, un espace de stockage et une présence dans l'annuaire. Il agit sous son nom, pas sous le vôtre. Quand il modifie un document, c'est son nom qui apparaît dans l'historique des versions.

Google a soigné l'encadrement. L'agent ne voit que ce que l'équipe partage avec lui, il n'hérite pas des droits de celui qui l'a créé. Son identité est, selon l'éditeur, « gouvernée comme celle d'un salarié ». Chacune de ses actions est inscrite dans un journal d'audit à son nom. Une passerelle applique vos règles à tout ce qui entre et sort. Et un plafond de dépense par projet met l'agent en pause quand le budget est atteint.

Deux choses manquent à l'annonce : un prix et une date de disponibilité.

Le contexte

Google n'est pas seul, et c'est ce qui fait le signal. Le vendredi 25 septembre, Microsoft a reconstruit Copilot autour de plusieurs modes, dont Autopilot, un agent qui travaille seul, encore en préversion privée. Le mardi 29 septembre, OpenAI a lancé Dots, des agents permanents que l'on peut doter d'une identité, d'identifiants et d'outils, et que l'on sollicite depuis Slack ou Teams. Dans l'édition #14 de Gouverner l'IA, en juin, je vous racontais que Microsoft donnait un badge d'employé à ses agents. Quatre mois plus tard, ce n'est plus l'idée d'un éditeur. C'est l'offre standard du catalogue, et la presse spécialisée range déjà ces produits dans une même famille, celle des agents permanents.

Ce que ça veut dire pour vous

Commençons par la bonne nouvelle. Une partie du travail de gouvernance est désormais livrée avec le produit : identité séparée, droits limités à ce qui est partagé, journal, plafond de dépense. Il y a six mois, il fallait le construire soi-même. Retenez surtout le choix de conception : un agent qui n'hérite pas des droits de son créateur. Posez la question à tout fournisseur qui vous proposera un produit équivalent.

Reste ce qu'aucun éditeur ne peut faire à votre place. Un agent doté d'une boîte mail écrit à vos clients et à vos fournisseurs depuis une adresse de votre entreprise. Qui relit ce qu'il envoie ? Pour un salarié, vous avez un manager, une date d'entrée, une date de sortie et quelqu'un qui coupe les accès le dernier jour. Pour un agent, vous n'avez rien de tout cela. L'assureur japonais SOMPO, cité par Google, compte déjà plus de 10 000 agents pour 34 000 salariés, soit près d'un agent pour trois personnes. Sans procédure de sortie, un annuaire se remplit vite de comptes orphelins qui gardent leurs accès bien après la fin du projet.

La règle tient en une ligne et ne coûte rien à écrire avant l'arrivée du produit : pas d'agent sans un responsable humain nommé, un périmètre et une date de fin. Et comme la semaine dernière avec Gemini 4 Argon, ne bâtissez pas un calendrier sur une conférence. Sans prix ni date, cette annonce est un cap, pas une offre.

La question à se poser

Si un agent entrait demain dans votre annuaire, quel nom écririez-vous dans la case « responsable hiérarchique » ?

Ce signal est extrait de Gouverner l'IA #32, édition du samedi 10 octobre 2026, qui contient aussi trois actus décryptées et une réflexion de fond. Pour aller plus loin : Déléguer du travail à l'IA : ce qu'un dirigeant confie, ce qu'il garde.

Un signal comme celui-ci, chaque samedi dans Gouverner l'IA.

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