Signaux · Gouverner l'IA #17 · samedi 27 juin 2026

La DGSI débranche Palantir. Quand l'État montre l'exemple, le « build vs buy » devient une question de gouvernance, pas de technique.

Par Emmanuel Donati

Les faits

Mardi 16 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que la DGSI, la Direction générale de la sécurité intérieure, mettait fin à dix ans de collaboration avec Palantir, l'entreprise américaine d'analyse de données. Depuis 2016, dans la foulée des attentats de novembre 2015, la DGSI s'appuyait sur les logiciels de Palantir pour exploiter ses renseignements. Ils seront progressivement remplacés par Argonos, une plateforme développée par la société française ChapsVision. La justification est limpide, et elle vaut citation. « Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a déclaré le Premier ministre, qui veut « ne pas dépendre du bon vouloir de certains partenaires, capables de couper le robinet ».

Le contexte

Deux détails rendent cette décision particulièrement instructive. D'abord, la surprise. En décembre dernier, la DGSI venait tout juste de renouveler son contrat avec Palantir pour trois ans de plus. Six mois plus tard, l'État change de cap, signe que le sujet de la souveraineté est passé du second plan à la priorité politique. Ensuite, la lenteur. La migration vers Argonos prendra plusieurs années, et les outils de Palantir resteront en service tant que la solution française ne sera pas pleinement intégrée. Détail qui dépasse nos frontières, le renseignement intérieur allemand, le BfV, a lui aussi choisi ChapsVision, premier client public nommé hors de France. Sortir d'une dépendance, ce n'est pas un interrupteur, c'est un chantier de plusieurs années.

Ce que ça veut dire pour vous

Vous n'êtes pas une agence de renseignement, mais la mécanique est exactement la même que dans votre entreprise. Pendant dix ans, la DGSI a utilisé un outil parce qu'il était le meilleur, le plus pratique, le mieux installé. Puis le contexte a changé, et elle a découvert le coût réel de cette dépendance, le jour où elle a voulu en sortir. Ce coût n'est pas seulement financier, il se compte en années de migration. C'est la leçon centrale pour tout dirigeant qui confie aujourd'hui un usage critique à un fournisseur d'IA. La question n'est pas « cet outil est-il le meilleur aujourd'hui », elle est « si je dois en partir dans trois ans, combien cela me coûtera, et suis-je seulement capable de le faire ».

Et la phrase de Lecornu vaut pour votre CODIR mot pour mot. « Couper le robinet. » Un fournisseur d'IA peut changer ses prix, ses conditions d'usage, sa politique de confidentialité, ou décider de ne plus servir certains clients pour des raisons qui n'ont rien à voir avec vous. Plus l'usage que vous lui confiez est central, plus vous lui donnez ce pouvoir. La parade n'est pas de tout internaliser, personne ne le peut. C'est d'exiger, dès la signature, ce que l'État réclame aujourd'hui dans la douleur, la réversibilité, la portabilité de vos données, et un plan de sortie qui existe sur le papier avant d'en avoir besoin.

La question à se poser

Sur mes usages d'IA les plus critiques, ai-je une porte de sortie réelle, chiffrée et testée, ou est-ce que je découvrirai son prix le jour où je voudrai changer de fournisseur ?

Ce signal est extrait de Gouverner l'IA #17, édition du samedi 27 juin 2026, qui contient aussi trois actus décryptées et une réflexion de fond. Pour aller plus loin : Chief AI Officer à temps partagé : piloter l'IA sans créer le poste.

Un signal comme celui-ci, chaque samedi dans Gouverner l'IA.

Abonnez-vous
↑